L’eczéma atopique n’est pas une allergie

1- Ce qu'il faut savoir :

La dermatite atopique (ou eczéma atopique) n’est pas une allergie. C’est une manifestation de l’atopie, au même titre que l’asthme, ou que la rhino conjonctivite allergique.

L’origine de la dermatite atopique repose sur plusieurs facteurs physiopathologiques d’origine non allergique:

Mutations génétiques des gènes de la barrière épidermique : Notamment la mutation du gène codant pour la filaggrine (protéine majeure de structure de l’épiderme). Cette mutation est retrouvée dans 30 à 50 % des dermatites atopiques.
Anomalie du film hydro lipidique de la couche cornée : responsable d’une sécheresse cutanée (xérose)
Facteurs environnementaux : mode de vie urbain, tabac, polluants atmosphériques, lavage fréquent, vaccin.
Facteurs immunologiques : immunité innée (rôle des TLRs) et adaptative (inflammation type Th2).
Anomalies du microbiome (ou flore bactérienne) cutané : Colonisation de la peau par du staphiloccoque doré (rôle de superantigène), au détriment des germes saprophytes produisant des peptides anti microbiens.
Anomalie du microbiome instestinal : moindre diversité du microbiome chez l’enfant atopique (rôle causal en cours d’exploration).

La dermatite atopique peut favoriser le développement d’allergie alimentaire, notamment par la pénétration d’allergène à travers une peau lésée chez un individu orientant la réponse immunitaire vers une voie de sensibilisation.

Mais l’inverse, c’est à dire qu’un allergène soit à l’origine d’une dermatite atopique, n’est pas vrai (ou rarement).

2- La place des tests allergologiques dans la dermatite atopique.

Les tests allergologiques permettent de rechercher un facteur aggravant de la DA.

Les indications restent limitées :
– DA sévère et résistante au traitement local bien conduit
– Manifestations atopiques associées : allergies respiratoires (rhino conjonctivite, asthme), allergies alimentaires.
– Troubles digestifs chroniques avec stagnation de courbe staturo pondérale.
– Suspicion d’un eczéma de contact : localisation atypique ++ (paumes, plantes).

3- En pratique.

Deux cas de figure en médecine générale :

– Prenons un enfant de 11 mois qui présente une dermatite légère à modérée, évoluant par des poussées, localisée aux joues, menton, et aux extrémités, cédant sous dermocorticoïde, sans autres manifestations atopiques : peu d’intérêt du bilan allergologique.
– Prenons maintenant un enfant de 3 mois, présentant une dermatite atopique précoce, sévère, associée à des reflux gastriques importants et une courbe staturo pondérale stagnante lors du passage à l’allaitement artificiel, résistant à un traitement classique par dermocorticoïde : indication à un bilan allergologique.

5- Education et réassurance.

Les messages à faire passer aux parents:

  • La dermatite atopique évolue par poussées, et que par conséquent, les rechutes de l’eczéma ne représentent donc pas une « résistance » au traitement, mais l’évolution classique de la dermatite atopique.
  • Expliquer qu’il existe une rémission spontanée vers l’âge de 6-7 ans dans une grande majorité des cas.
  • Lutter contre la corticophobie des parents au sujet des dermocorticoïdes. L’entretient de la peau étant fondamental pour éviter le passage d’allergène par l’intermédiaire d’une peau perméable et fragilisée.
  • Encourager la diversification précoce entre 4 et 6 mois dans cette population pédiatrique des fruits à coque et de l’arachide (ex : Curly mixé dans un biberon de lait). La voie « orale » est dite tolérogène, contrairement à la voie « cutanée » qui est dite sensibilisante.

Bibliographie:

1. Waton J. Physiopathologie de la dermatite atopique. Annales de Dermatologie et de Vénéréologie. 2017 Dec 1;144:VS8–14.

2. Simpson EL, Bruin-Weller M, Flohr C, Ardern-Jones MR, Barbarot S, Deleuran M, et al. When does atopic dermatitis warrant systemic therapy? Recommendations from an expert panel of the International Eczema Council. Journal of the American Academy of Dermatology. 2017 Oct 1;77(4):623–33.

3. Archer CB. Atopic eczema. Medicine. 2013 Jun 1;41(6):341–4.

4. Hello M, Aubert H, Bernier C, Néel A, Barbarot S. Dermatite atopique de l’adulte. La Revue de Médecine Interne. 2016 Feb 1;37(2):91–9.

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