Diversification alimentaire chez l’enfant atopique

Ce qu'il faut savoir:

L’introduction tardive des aliments à fort potentiel allergisant a longtemps été la règle (Oeuf, noix, blé, kiwi) en médecine générale.

Cependant, cette introduction retardée a été remise en cause avec l’apparition du concept de « fenêtre de diversification » entre 4 et 6 mois. Durant cette période, le nourrisson va induire une tolérance orale vis à vis des allergènes alimentaires. 

C’est pourquoi les recommandations pour la diversification alimentaire chez un enfant à risque allergique sont les mêmes que pour l’enfant sans risque atopique. Il est nécessaire de profiter de cette fenêtre de tolérance (de 4 à 6 mois) chez les enfants atopiques. 

Qu’est ce qu’un enfant à risque allergique ?

Pour estimer simplement le risque allergique, il faut recherche un antécédent atopique au premier degré (parents, frère/sœur). Par exemple :

  • Il est de 20 % si l’un des parents est allergique
  • et de 43% si les 2 parents le sont.

L’introduction du gluten se fait entre 4 et 6 mois, et concernant les fruits exotiques ou les fruits à coques, il n’y a pas de restriction, comme n’importe quel autre aliment.

Pour aller plus loin: L'étude LEAP de 2015 sur l'arachide

Population :

  • 640 nourrissons âgés de 4 à 11 mois et présentant tous une dermatite atopique sévère et/ou une allergie à l’œuf ont été inclus.
  • Ces nourrissons avaient par ailleurs un test cutané (prick test) négatif ou faiblement positif (< 4 mm) pour  l’arachide.
  • Par tirage au sort, le régime de ces nourrissons a été déterminé : consommation  ou non de l’arachide.

Méthodes :

  • En cas de consommation, on demandait aux parents de donner chaque semaine au moins six grammes de protéine d’arachide sous la forme de snack Bamba (proche du Curly)
  • Les enfants et leur famille étaient ensuite suivis régulièrement, par téléphone et en consultation jusque l’âge de 5 ans.

Résultats :

  • Le protocole a pu être réalisé chez 92 % des enfants à 5 ans
  • Chez les 530 enfants ayant initialement un test cutané négatif, 13,7 % du groupe « éviction » étaient allergiques contre 1,9 % seulement dans le groupe ayant consommé régulièrement de l’arachide (réduction du risque de 86%). Parmi les 98 patients ayant initialement un test cutané légèrement positif, 36,3 % du groupe « éviction » étaient allergiques contre 10,6 % dans le groupe ayant consommé de l’arachide (réduction du risque de 70%).

Conclusion :

  • Dans une population bien particulière (dermatite atopique sévère ou allergie à l’œuf), l’introduction précoce d’arachide favorise la tolérance et diminue significativement le risque d’allergie.

Suite à ces résultats, l’agence américaine, le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) modifie ses recommandations datant de 2010 sur la prévention de l’arachide en janvier 2017. Les aliments qui contiennent des arachides devraient être introduits à partir de l’âge de 4 à 6 mois chez les bébés qui présentent un risque élevé (eczéma grave et/ou allergie aux œufs). Une enquête allergologique peut être demandé en cas de haut risque d’allergie à l’arachide avant introduction

Bibliographie:

  • Juchet A, Chabbert A, Pontcharraud R, Sabouraud-Leclerc D, Payot F. Diversification alimentaire chez l’enfant : quoi de neuf ?. 2014 Nov 10
  • Pham-Thi N, Bidat E. Diversification alimentaire et risque allergique. Archives de Pédiatrie. 2014 Dec 1;21(12):1392–5.
  • Randomized trial of peanut consumption in infants at risk for peanut allergy. Du Toit G, Roberts G, Sayre PH, Bahnson HT, Radulovic S, Santos AF, Brough HA, Phippard D, Basting M, Feeney M, Turcanu V, Sever ML, Gomez Lorenzo M, Plaut M, Lack G; LEAP Study Team. N Engl J Med. 2015 Feb 26;372(9):803-13.
  • Togias A, Cooper S.F. et al. Addendum guidelines for the prevention of peanut allergy in the United States: Report of the National Institue of Allergy and Infectious Diseases-sponsered epert panel. Ann. Allergy Asthma Immunol. 2017, 166-173.

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